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Alphaeidae

Jeudi 15 août 2013

Si on vous demande quel est l’animal le plus bruyant de l’océan, vous allez penser en premier à une grosse bête genre le grand cachalot et vous auriez raison puisqu’il est capable d’émettre ses cliquetis avec une puissance de 230 décibels. Mais auriez vous songé à cette petite crevette mesurant entre 3 et 5 centimètres ?

Les crevettes de la familles des Alphaeridae sont reconnaissables à leur pince hypertrophiée à la forme si particulière.

Cette pince… c’est cette pince qui permet à cette petite crevette d’être le crustacé le plus bourrin de la planète proportionnellement à sa taille.

En effet son claquement projette un mince jet d’eau à une vitesse de 97 kilomètres par heures, mais surtout une onde de choc sonique de 218 décibels, mais ce n’est pas tout ! Ce brusque déplacement de liquide provoque la génération de bulles d’air qui vont par la suite imploser lorsque la pression redeviendra normale, provoquant ainsi un phénomène physique appelé sonoluminescence.
L’effondrement de la bulle sur elle même va provoquer un important dégagement de chaleur avoisinant les 4700 degrés Celsius et non, je ne me suis pas trompé d’un zéro. Ainsi qu’un intense flash lumineux toutefois trop court pour être visible à l’œil nu (entre 300 picosecondes et 10 nanosecondes).

Cet ensemble de phénomènes d’une bourrinitude absolue permet à notre crevette-pistolet (qui mérite décidément bien son surnom) d’assommer des crabes, voire de tuer instantanément de petits poissons. Ce qui lui permet ensuite de les dévorer sauvagement sans aucune forme de pitié.

Les rares aquariophiles à avoir tenté d’en élever en ont d’ailleurs fait les frais, puisque leur “tir” est tellement puissant qu’il est capable de briser les vitres d’aquarium.

Autre particularité, si cette fameuse pince, lors d’un combat ou d’un accident, est arrachée. La pince restante va se mettre à grossir et se déformer pour devenir une nouvelle arme. Tandis que le moignon repousse pour former une petite pince sans prétentions. Il se produit donc une inversion. C’est-ce qui explique que ces créatures puissent avoir leur pince hypertrophiée à droite ou à gauche selon les individus.

Tout comme diverses espèces de crevettes, il leur arrive de vivre en symbiose avec un gobie (Gobiidae). Partageant le même trou dans le sable, le poisson ne nourrit des restes de nourriture de l’alphaeidae. En échange, grâce à sa meilleure vue, il lui donne l’alerte en présence de prédateurs.

Il existe plus de 600 espèces de cette famille, parmi elles, on trouve Synalpheus regalis qui vit en colonies d’environ trois-cent individus dans des éponges ou des coraux, et possède une organisation similaire à celle des hyménoptères sociaux. Avec une reine-mère pondeuse, des ouvrières partageant les ressources alimentaires, et des guerriers brandissant leurs grosses pinces pour défendre tout ce petit monde.

L’accumulation de bruit provoquée par les claquements de pinces de ces crevettes cow-boy tirant à tout va façon western-spaguetti est telle, qu’elle brouille le sonar des sous-marins, ce qui leur permet parfois de se cacher.

Bon, il est temps pour moi de vous laisser en compagnie de cette charmante vidéo en slow motion :